Billet international Femmes d'Afrique?
Connues pour leur dévouement, leur constante présence et leur éternelle souffrance : excision, viol et guerres, les femmes africaines n'ont jamais été aussi sollicitées pour accéder aux premiers postes dans les Etats africains.
Après la phase des Mama-Benz du Burkina-Faso et de toutes ces commerçantes du Sénégal, du Bénin ou du Nigeria ou dans d'autres pays qui arrivent par leurs petits commerces et leurs petites gargotes à soutenir des familles entières, généralement nombreuses, ou ces femmes qui enjambent avions et aéroports en effectuant des allers-retours entre Dakar, Nouakchott, Dubaï ou Casablanca amenant richesse et subsistance à leurs familles, les voilà qui accèdent maintenant au pouvoir, jadis détenu par les hommes, en contradiction avec une histoire matriarcale qui avait fait du continent africain un espace au féminin par excellence. Mais du fait que le temps du matriarcatest révolu, puisque les religions monothéistes et le colonialisme l'ont remplacé par le patriarcat, symbole du pouvoir suprême de par sa phallocratie, et après que ce même pouvoir a prouvé sa déchéance à travers ses régimes et ses hommes d'Etat qui ne cessent de guerroyer et de puiser dans les deniers publics en érigeant la corruption et la mauvaise gouvernance en mode de gestion pour tout politicien africain qui se respecte, les femmes reviennent sur la scène, non en tant que premières dames qui nuisent plus qu'elles n'apportent de bien, non en tant que figurines, mais en tant que gestionnaires de l'espace public.
Au Liberia détruit par la guerre civile et les hommes, Ellen Johnson Sirleaf est élue en novembre 2005 présidente d'un pays en faillite.
Au Mozambique, qui a connu huit ans de guerre civile auparavant, le premier ministre est une femme de quarante-sept ans : Luisa Diogo à la tête d'un gouvernement qui compte huit femmes.
Même le Soudan réputé islamiste et intégriste admet au sein de son gouvernement pas moins de cinq femmes et ce, après la réconciliation avec les forces séparatrices du Sud. Au Nigeria face à la faillite du système masculin qui a apporté au pays la médaille d'argent du système le plus corrompu au monde, on a nommé Ngozi Okonjo-Iweala, ex-vice-présidente et secrétaire générale de la Banque mondiale, au poste de ministre des Finances afin d'assainir les finances d'un des Etats les plus riches en hydrocarbures et en matières premières et paradoxalement l'un des plus arriérés.
Même chose pour l'Algérie qui a fait appel à Fatiha Mentouri pour réformer les caisses publiques.
De même, les Affaires étrangères ont leur lot de femmes, vu la déroute de la diplomatie africaine où l'Union mort-née a remplacé une OUA ankylosée et mal partie, et où l'anarchie et la gabegie sont devenues légion de par la folie des hommes ; voilà que des femmes sont à la tête des supers et prestigieux ministères en Tanzanie, Afrique du Sud, Rwanda et Niger. Tout le monde aspire à ce que ces femmes récupèrent pour l'Afrique le temps perdu. Elles sont supposées moins enclines à la corruption ou pas du tout, plus sages pour éviter de déclarer la guerre, le challenge qui les attend est fort difficile.
Mais que dire du reste de l'Afrique? Au Nord, des résistances sociales et culturelles s'opposent toujours aux femmes.
Au Maroc, la Monarchie n'a de cesse de promulguer le genre en mode de bonne gouvernance, si la société et certains acteurs politiques et religieux lui laissent le champ libre.
En Tunisie, pays le mieux doté en appareil législatif pour les femmes, rien n'a été fait depuis Bourguiba.
En Egypte Nawal Saadaoui à 74 ans est isolée, il n'y a plus de Rose El Youssef, on n'entend plus ces femmes jadis entreprenantes pour la cause d'un féminisme intégré, aujourd'hui un pouvoir obscur et une religion obscurantiste s'y opposent. Quant à la Libye elle est en marge de l'histoire. Par contre, la Mauritanie a toutes les chances de dépasser un certain archaïsme politique et économique en respectant ce que la société a toujours érigé en norme, étant donné que les femmes mauritaniennes sont des plus libres au Monde arabo-musulman.
En Afrique de l'ouest francophone, les questions du genre sont encore en retard par rapport au reste du continent. Il n'en reste pas moins que les pays anglophones sont leaders en la matière; pour l'instant on remarque que la majorité des femmes au pouvoir, qu'elles soient députées ou ministres, appartiennent à cette dernière zone avec un pourcentage de plus de 48,8% de parlementaires au Rwanda, 34,8% au Mozambique désormais lié à l'Afrique du Sud. Cette dernière est à la tête des pays africains avec une vice-présidente, 9 ministres, 14 vice-ministres et 32,8% de femmes au parlement.
Malheureusement, elle détient aussi le triste record mondial des viols avec un viol sur neuf qui fait l'objet d'une poursuite judiciaire et où seulement 7% sont condamnés; le viol est devenu presque chose banale en Afrique du Sud.Les femmes en Afrique souffrent encore et souffriront plus si elles n'accèdent pas à tout ce qui est formel ; au pouvoir et en économie, si elles n'intègrent pas l'espace public, si elles restent les souffre-douleur des hommes en guerre, si tout simplement elles ne remplissent pas leur véritable rôle, car quand les femmes de l'Afrique souffrent, tout le continent pleure.
*Institut des Etudes Africaines Khalid Chegraoui*
